Montfavet INRAE - la maladie qui tue nos platanes
- amisvouland
- 8 déc. 2021
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 déc. 2021
23 novembre 2021
La saga du platane et de l’INRAE…sortie avec les amis du Musée Louis Vouland. Personne référente : G. Gioana
C’est l’histoire d’un arbre qui s’est créé tout seul, un hybride. Le platane commun est né vers la fin du 18ème siècle dans un parc d’Angleterre en glanant les gènes de 2 « cousins » : l’Occidentalis qui vit dans l’est des États Unis et du Canada et l’Orientalis apprécié déjà du temps de la Grèce Antique qui lui a donné son nom (origine platos = large en référence à ses belles feuilles) et qui, comme la Turquie, sa voisine, appréciait ses ombrages, (un ouvrage évoque le plataniste -forêt de platanes- à Sparte où les jeunes pratiquent la gymnastique).
C’est l’histoire d’un arbre pas compliqué, se bouturant facilement, faisant partie intégrante de nos paysages provençaux… Nos rues, nos routes, notre Sorgue, nos roubines en sont bordées, pas une cour d’école, une place, un mas sans platane. Il a supporté d’être à moitié brûlé par le feu en dessous de ses branches pour éliminer ses feuilles ; accepté sans broncher toutes les blessures des outils, des voitures le cognant pour se garer. C’est à peine s’il donnait quelques signes de faiblesse quand des punaises au nom terrifiant de « tigres » le grignotaient sans vergogne ou que l’oïdium blanchissait ses feuilles…
C’est l’histoire d’un arbre victime collatéral de la deuxième guerre mondiale. En 1929, les platanes des États Unis meurent en masse…. Commence alors une longue enquête pour trouver la cause de ce désastre écologique… En même temps, l’Europe est déchirée, la guerre frappe durement sa population. Quand les États Unis décident d’intervenir, ils voient les choses en grand pour en finir une fois pour toutes… dans le plus grand secret, ils organisent un immense débarquement d’hommes armés par eux… Avec leur sens pratique connu, ils utilisent le bois des platanes morts pour emballer les armes…
C’est l’histoire d’un champignon, le chancre coloré, un assassin qui prend son temps pour éradiquer ses victimes mais qui ne fait pas dans la dentelle quand il « attaque». Tel un ouragan, il dévaste en même temps tous les arbres assemblés en un même lieu…
Ce drame, chaque Avignonnais le subit avec tristesse, voir abattre les platanes de la place Pie, ceux de la Place saint Lazare et de la rue de la République, de la rue des Teinturiers… Entendre qu’on peut les guérir (chacun se présente comme un spécialiste, ou comme un guérisseur) écouter le contraire, ne pas savoir comment protéger ceux qui sont encore là… savoir que 40 000 platanes ont été abattus dans le Vaucluse et que 43 000 sont en train de tomber le long du canal du Midi…. Voilà la démarche qui a poussé les Amis du Musée Louis Vouland à se rapprocher de l’INRAE pour « faire le point » à ce jour. On peut remarquer aussi que dans notre quête d’informations, il y a, sans doute, une corrélation avec l’épidémie du Covid en cours…
Monsieur Marc Bardin directeur de l’unité de pathologie végétale sur le site de l’Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement de Montfavet (et non celui de Cantarel… (Désolés pour ceux qui se sont perdus, nous aurions peut-être dû préciser qu’il y avait 2 lieux bien séparés), s’est mis à notre portée et a déroulé le récit d’une saga qui a commencé en 1974. Une équipe – cellule de crise- s’est constituée sous la houlette de l’état, pour se pencher sur le chevet du platane commun qui commençait à agoniser en masse.
C’est l’histoire d’un homme passionné et fin limier : André Vigouroux. Aidé de ses techniciens, il va vite constater que le chancre coloré ne pourra jamais être détruit par un fongicide parce qu’il évolue dans le tréfonds
de l’arbre : dans les rayons libéraux ligneux du bois et non dans les réseaux de la sève descendante ou ascendante. IL va aussi remarquer que le champignon profite des blessures (mêmes minuscules) pour y pénétrer et l’infester, il va noter que le système racinaire, l’eau et les objets qui heurtent l’arbre sont des vecteurs de transmission…. Des années d’observation seront nécessaires pour comprendre aussi qu’il se propage de 3 façons différentes et qu’il est indispensable de limiter les tailles qui blessent les arbres, de désinfecter tous les instruments des horticulteurs, d’abattre tous les arbres malades et de les détruire avec des précautions infinies pour éviter la propagation. En 1989, il décide de tenter de créer un clone résistant. Il part aux États Unis où le chancre coloré est endémique mais où certains spécimens résistent… il revient avec des souches résistantes… il clone ses souches américaines avec un platane local pour obtenir un hybride et il lui inocule la maladie. Il cultive des milliers de plants issus de cet hybride. Victoire, le travail patient et méthodique a payé en 2002.
Sur des milliers d’arbres, un seul est devenu totalement résistant, il est baptisé le platanor Vallis Clausa. Rebondissement des années 2010 : 2 platanors sont déclarés « positifs au chancre ». Nouvelles hybridations de 2 ° génération sur 12 arbres qui se révèlent résistants…
Dans une parcelle ordinaire, nous avons eu le privilège de découvrir une « plataneraie » assez extraordinaire, un conservatoire en quelque sorte… dans un champ sont alignés les platanes Occidentalis rapportés des Etats unis, des platanes Orientalis, le spécimen PLATANOR Vallis Clausa n’a pas une place privilégiée, il a été nécessaire à monsieur Jean-François Bourgeay, adjo
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int de Marc Bardin de le chercher pour nous le montrer !!! Il voisine avec les 12 platanors de la deuxième génération… Émouvant en diable !!!
Vos questions ont été nombreuses, pertinentes. Vous avez demandé des conseils concrets. Vous avez appris que la « cellule de crise » est désormais dissoute. Des solutions ont été apportées pour édicter une loi désignant le chancre coloré comme ennemi public. Il faut déclarer obligatoirement les arbres touchés ; il faut qu’ils soient abattus, ainsi que leurs semblables dans un rayon de 35m… Oui mais voilà,
l’Etat n’apporte aucun soutien financier, les propriétaires des arbres n’ont souvent pas les moyens de respecter la loi. Alors ? le chancre coloré a encore de beaux jours devant lui … mais soyons optimistes les platanors sont plantés le long du canal du midi, sur certaines places d’Avignon et de toutes les villes du Sud… mais le conseil judicieux de Monsieur Marc Bardin est de diversifier les espèces…
Après cette visite, nous espérons que l’Europe demandera à l’Inra de se pencher sur la maladie de nos palmiers et de trouver une solution pour lutter efficacement contre les chenilles processionnaires des pins, il se murmure que la solution résiderait dans un déploiement de jolies petites mésanges assassines de ces urticantes bestioles !!!!Pour découvrir les photos des spécimens d’occidentalis, d’orientalis et de platanors, cliquez sur le lien ci-après….

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